La cascade

La vie privée des champignons (1956)

G. BECKER


LA VIE PRIVéE DES CHAMPIGNONS

P. 1952

La vie privée des champignons

par Georges Becker

Il n'est sans doute pas de science plus
passionnante que celle des champi-
-gnons. Ces végétaux extravagants, si
simples de constitution et si riches de
formes, si fragiles et si changeants, si
exquis et si mortels, ont depuis toujours
excité l'imagination des hommes. Le
champignon n'est pas seulement l'une
des plus fascinantes curiosités de la
nature. Il peut être délicieux, justifiant
ainsi, par le goût, la passion du cher-
cheur, passion qui pourrait aussi bien
se suffire à elle-même.
Le présent livre de « Nature » n'est
aucunement un condensé de mycologie.
Ce n'est pas un ouvrage de vulgari-
-sation. Ni un travail exclusivement
scientifique. C'est un livre vivant, écrit
par un homme qui connaît admira-
-blement les Champignons, qui les
suit au jour le jour et de saison en sai-
-son. Il en connaît les gîtes, les cercles,
les parterres. Il en repère les multiples
aspects. Il en mesure la croissance. « Il
en note les fugues, ou les apparitions.
Tl se promène au milieu d'eux comme
Gulliver parmi ses minuscules amis »,
écrit de Georges Becker M. Roger Heim,
directeur du Muséum.

Dans LA VIE PRIVÉE DES
CHAMPIGNONS, on trouve un exposé
sur le monde paradoxal et jamais en
repos des champignons, une étude sur
leur architecture, un examen des ter-
-rains de chasse, on fait un savoureux
tour à la cuisine. Il y a là une initiation
à la Mycologie et une petite histoire
de la Mycologie ; il y a là de quoi
susciter des vocations, ravir l'amateur,
instruire le curieux...

La VIE PRIVÉE DES CHAM-
-PIGNONS est l'œuvre d'un vrai, d'un
authentique naturaliste.


DANS LA MÊME COLLECTION

CETTE MER
QUI NOUS ENTOURE

par RACHEL L. CARSON

Ce livre scientifique est aussi une ceuvre
d'art et restera comme un classique de la
mer. CETTE MER QUI NOUS ENTOURE
est une biographie précise de l'Océan depuis
l'origine des temps, enrichie par les connais-
-sances nouvelles et les découvertes qui ont
été faites pendant et depuis la guerre.
Le langage technique des savants peut
dérouter le lecteur sensible ; souvent les
poètes des choses marines ont soulevé, par
leurs erreurs, la réprobation des spécialistes ;
mais pas un artiste, pas un technicien ne
formuleront de critiques à l'égard de cette
œuvre écrite avec toute l'exactitude néces-
-saire et dans un style qui fait de sa lecture
une joie.
Depuis le mois de juillet dernier, semaines
après semaines, toutes les publications améri-
-caines ont inscrit en tête de leur liste des
best-sellers THE SEA AROUND US, de
Rachel Carson. C'est aussi une sélection du
Book of the Month; il a reçu de plus la Médaille
d'Or au titre du meilleur livre de l'année.
Paru récemment en Angleterre, THE SEA
AROUND US est salué comme le plus beau
livre du demi-siècle.
Cet ouvrage ne doit-il pas son étonnant
succès à quelques circonstances spéciales ?
La mer est un thème à la mode aujourd'hui.
Ainsi la lutte de l'homme contre les éléments
nous a donné la prodigieuse aventure du
Kon-Tiki, d'autres romans sur la mer comme
Rain in the wind (Pluie dans le vent), de
Walter Macken. Il y a aujourd'hui, à l'égard
des choses marines, une curiosité populaire
qui a certainement contribué à préparer
l'accueil fait à l'œuvre de Rachel Carson.
Pourtant, voilà ce que dit l'auteur :
Le but de la science est de découvrir la
vérité ; n'est-ce pas aussi celui de la litté-
-rature, que ce soit l'art de la biographie ou
du roman? Il n'existe pas de littérature scien-
-tifique
.
L'art du vrai est devenu un art populaire.
Le succès de Rachel Carson n'a pas d'autre
mystère.

Préface

On ne saurait plus dire désormais que le privi-
-lège de ce qu'on appelle bien improprement la vul-
-garisation appartienne dans le domaine de l'histoire
naturelle exclusivement aux entomologistes. Un
nouvel écrivain naturaliste se révèle au public dont
le territoire reste la Nature, mais dont les objets
vivants de son étude ne semblent plus se déplacer.
Et pourtant, s'ils sont frappés d'apparente immo-
-bilité, les Champignons n'en sont pas moins des
conquérants en même temps que des êtres prodi-
-gieusement complexes. Par la rapidité fréquente
de leur croissance, ils ont avec les animaux ce carac-
-tère commun de n'être presque jamais en repos. Leur
squelette est peut-être figé à chaque moment de son
évolution, mais les cellules qui le composent n'en
sont pas moins agitées par les résultantes les plus
étonnantes d'un intense chimisme. Et la fantaisie
qui préside à leur venue et à leur développement,
la fugacité de leur vie, mais la complexité de leur
cycle, la simplicité de leur aspect, mais la diversité
de leurs teintes et la gamme infinie de leurs odeurs,
la ténacité de leur chair, mais la plasticité de leurs
organes constituent un assemblage de paradoxes
qui, depuis toujours, ont rebuté les chercheurs de
facilités et attiré ceux qui se plaisent dans les
problèmes.

Les mycologues disent de la Mycologie qu'elle est
devenue une discipline rigoureuse et scientifique,
mais, en vérité, le terme ne veut plus rien dire.
L'immensité des applications auxquelles ses consti-
-tuants participent par leurs natures et leurs effets
couvre une bonne partie de l'étendue des sciences.
Il convient d'abord de séparer les Champignons
microscopiques des espèces alimentaires ou véné-
-neuses, ceux qui exigent la chambre-étuve pour
se révéler et ceux qu'on doit aller chercher sous la
pluie, dehors. Et l'étude des uns et des autres pourra
se pratiquer avec un microscope, une loupe ou des
réactifs, selon les moyens les plus divers. Peu à peu
ils ont été absorbés dans les vastes préoccupations
de la biologie cellulaire et expérimentale, et de la
chimie biologique. Ils sont devenus là de nouveaux
témoins, de simples mais palpitants sujets d'analyse.
L'agriculteur s'y intéresse quand il s'agit de défendre
la vigne contre le mildiou ou le blé contre les rouilles.
Le médecin doit connaître les teignes, qui fleurissent
sur les cheveux, et l'aspergillose, qui pénètre le pou-
mon. L'architecte est alerté par le mérule et le tra-
mète des maisons qui ravagent les bois de charpente.
L'industriel se préoccupe des levures de brasserie
et le fabricant de fromages des pénicilles. Le chimiste
y a découvert le monde des pigments, des anti-
-biotiques, d'où sont sorties tant d'espérances pour la
guérison des hommes, des sucres, des vitamines. Le
physiologiste s'efforce de mettre en évidence le pouvoir
nutritif des levures. Le généticien étudie les éton-
-nantes particularités de leur sexualité. Le phyto-
-pathologiste mesure à leur échelle virulence et

immunité. Le cytologiste examine leurs plastes et
leurs mitochondries, et la position de leurs fuseaux
nucléaires. L'entomologiste les retrouve associés aux
insectes selon d'étonnantes formules de symbiose
ou de parasitisme, et l'horticulteur les découvre
sur les racines de ses Orchidées. Bref, il est peu de
domaines d'où ils soient exclus.

Mais si les Champignons, petits et gros, apportent
aux disciplines du jour leur concours, si leurs objets
prennent ainsi leur place parmi tant de recherches
de physique, de chimie et de biologie, dont la science
moderne est la somme, si leur multitude agressive
les désigne aux pires actions dont alors les trois
règnes deviennent les victimes, si la pluralité de leurs
propriétés leur apporte d'autre part le bénéfice du
pardon en raison de leurs multiples bienfaits théra-
-peutiques, technologiques, nutritifs, toute cette con-
-tribution sensationnelle de leurs composants ne peut,
pour être entièrement estimée, que reposer sur une
connaissance du détail de leurs formes et de leurs
mœurs, et sur leur position exacte parmi l'échelle
des végétaux. C'est là qu'intervient la Systématique,
dont le but est de les cataloguer, les décrire, les
dessiner, les placer et constituer en somme leurs
fiches d'état civil.

Nous entrons ici dans le vif de notre sujet, c'est-
-à-dire celui de ce livre. Rien n'est plus difficile que
cette Systématique. En raison même de la multi-
-plicité des formes fongiques, de leur plasticité, de
leur fugacité, il a fallu, et c'est de plus en plus néces-
-saire, faire appel à des notions précises d'anatomie
surtout, avec le concours du microscope et de nom-

-breux autres procédés dont l'emploi vise souvent
plus à un résultat pratique qu'à une recherche
purement spéculative. Les chercheurs ont été natu-
-rellement conduits à doubler les critères visuels
morphologiques, physionomiques, très souvent
impuissants, par des arguments internes plus pro-
-fonds, plus cachés. Et c'est ainsi que peu à peu la
connaissance exacte des multiples espèces de Cham-
-pignons appelés supérieurs ---- ceux de nos bois et de
nos prés ---- s'est perfectionnée. L'histoire de la science
des Champignons est donc jalonnée intimement
par le progrès de ces techniques sans cesse plus pré-
-cises, continuellement empruntées aux découvertes
des autres disciplines et appliquées à son objet
propre.

Mais on ne saurait véritablement et pleinement
connaître qu'en restant apte à reconnaître. Et là est le
drame de la Mycologie. Connaître est le résultat
d'un effort d'analyse, dont l'acquisition est obtenue
généralement par la méthode, la patience, le renou-
-vellement assidu de son attention. Il reste à savoir
reconnaître, savoir identifier la sorte de Champi-
-gnon qui brusquement s'offre à nos regards, sous un
aspect fugitif et individuel, c'est-à-dire pouvoir
parcourir instantanément le chemin inverse de la
connaissance, en retrouvant dans une espèce, malgré
l'aspect variable qu'elle revêt, sous son manteau
d'emprunt, multiforme et multicolore, son vrai
visage, sa véritable identité. Bref, se montrer, sur le
terrain, un mycologue habile.

Nous en arrivons ici à l'objet même de ce livre.
Tous les progrès des techniques d'analyse systé-

-matique ont pu conduire les cryptogamistes à
séparer ou à rapprocher des espèces de Champi-
-gnons, à définir leur position taxinomique, à appro-
-fondir leur structure. Mais cette diversité de moyens
qui leur a été apportée, cette plus grande certitude
qui leur est donnée, ces armes acérées grâce
auxquelles ils auront raison de tant d'obstacles
n'ont nullement favorisé leur pénétration de natura-
-liste. Au contraire, ils leur ont apporté en quelque
sorte des moyens de paresse, par une plus grande
facilité de diagnostic, au moyen d'indices plus méca-
-niques, moins sensitifs. Le vrai naturaliste reste
essentiellement l'homme du coup d'œil, dont l'habi-
-tude, l'acuité innée puis l'intuition forment la raison,
et qui saura utiliser presque inconsciemment le
concours de ses sens et de sa pénétration naturelle.
Connaître est le fruit de l'étude et de la science.
Reconnaître est un art.

M. Georges Becker, par la pluralité de ses dons
---- car il est latiniste, grammairien, poète, musicien,
horticulteur, journaliste, mycologue, père de famille,
observateur né, ---- et était celui qui pouvait tenter cet
essai basé sur la connaissance réelle et profonde
qu'il possède des Champignons de ses forêts et de ses
pâtures franc-comtoises. Il sera désormais pour nous
le Fabre de la Mycologie, car il possède à la fois
la vision exceptionnelle du naturaliste de classe et le
style de l'écrivain. S'il n'a que rarement le loisir
d'utiliser son microscope ou la tentation de s'adonner
aux techniques instantanées édifiées pour le dia-
-gnostic des espèces, c'est qu'il n'a guère besoin de
ces appuis. Pour lui, la découverte s'arrête au seuil

de la mort. Les cadavres, même autopsiés, ne l'inté-
-ressent plus. Il peut parler des Champignons comme
un homme qui en est depuis toujours le compagnon
et le confident. Car il les suit, de jour en jour, de
saison en saison. Il en connaît les gîtes, les cercles
les parterres. Il en repère les multiples aspects. Il en
mesure la croissance. Il en note les fugues, ou les
apparitions, chaque automne, chaque printemps.
Il se promène au milieu d'eux comme Gulliver
parmi ses minuscules amis.

A leur propos lui sont venues des idées, comme il
peut en venir à l'esprit de celui qui voit et qui
pense, qui observe et qui réfléchit à la fois. L'examen
des membranes sporiques, des contenus cellulaires,
des virages provoqués, la consultation comparée des
textes des auteurs ne sont pas de son domaine : ils
le gêneraient plutôt. Georges Becker est dans la
lignée des grands observateurs, ami fidèle, ami
intime des objets même de son étude, qu'il a appro-
-chés et conquis par sa passion et par sa patience.
C'est à la fois son esprit d'analyse et sa perspicacité
qui en ont fait un naturaliste comme ses réflexions
un philosophe.

Il s'agit donc bien d'un livre de la Nature, d'un
livre de vie et d'images mouvantes, d'un itinéraire
qui incite à la promenade et à la découverte. Puisse-
t-il provoquer d'aussi magnifiques vocations que
celle de son auteur, qui nous l'apporte pour notre
plaisir.

Roger HEIM,
de l'Institut

La vie privée des champignons

Introduction

Il n'est sans doute pas de Science plus Passionnante que
celle des Champignons, parce qu'elle est dificile et bien loin
d'être terminée. Ces végétaux extravagants, si simples de
constitution et si riches de formes, si fragiles et si chan-
-geants, si exquis ou si mortels, ont depuis toujours surexcité
la curiosité des hommes et leur méfiance. Les anciens bota-
-nistes les maudissaient, qui ne savaient qu'en faire. Mais
ceux d'aujourd'hui se sont vengés. De savantes sociétés ne
s'occupent que d'eux, et tous les ans Paraissent de nom-
-breux travaux consacrés à leur étude. Le public lui-même
s'intéresse à eux et vient à la Mycologie par le détour de la
gastronomie. Car le Français, né gourmand, se Passionne
pour les nourritures inaccoutumées et de haut goût. Celui qui
aime les champignons est poussé bientôt à les chercher lui-
-même. Quand il connaît quelques espèces, il veut en connaître
d'autres. Son œil se Perfectionne, son esprit s'ouvre et le
voilà pris dans l'engrenage où il Passera tout entier. De la
casserole au microscope, tel est souvent l'itinéraire du
mycologue.

*De cette passion sont nés bien des livres, des plus savants
aux plus modestes, et des meilleurs aux pires. La vulgarisa-
-tion, ce déguisement de la bêtise, s'en est aussi mêlée et a
encombré le marché de volumes détestables. Parmi tant

d'ouvrages, il pourrait sembler qu'il n'y a plus rien à dire.
Nous savons du reste qu'après les deux volumes de Mau-
-blanc l'essentiel de ce que doit savoir un honnête homme
est écrit et qu'il y a quelque outrecuidance à prolonger
par des bavardages la parole du Maître. Pourtant, nous
avons voulu tenter à notre tour de parler des Champignons.
Car il y a bien des choses qu'un livre purement scientifique
ne peut pas dire parce qu'il n'a pas le temps, et qu'un livre
de vulgarisation ne dira pas parce qu'il en est incapable.
Et voici donc des Histoires de Champignons. Elles n'ajou-
-teront sans doute rien à la Science, mais nous espérons
qu'elles aideront quelques amateurs à voir plus clair dans
la Mycologie et qu'elles feront comprendre à ceux qui ne
sont pas encore mycologues comment et Pourquoi on peut le
devenir. Ce ne serait déjà pas si négligeable.*

Et puis on ignore trop que la Mycologie est avant tout
une science française. Nous avons là une tradition à main-
-tenir, et, si ce livre pouvait chez quelques jeunes lecteurs
inspirer une vocation de naturaliste en leur faisant sentir
l'intérêt immense et puissant d'un monde encore bien mal
exploré, nous serions assez payé de notre effort.

Lougres, 15 septembre 1947.

Un monde paradoxal

D'où sortent-ils ? Il y a huit jours, le sol de la
forêt n'était couvert que de la grisaille bruissante de
ses feuilles mortes. Le soleil encore chaud de sep-
-tembre prolongeait les fureurs de la canicule, et les
arbres épuisés rougissaient çà et là de détresse.
Et puis une grosse pluie chaude est venue qu'on
n'osait plus attendre. Les feuilles mortes se sont
ramollies, la mousse s'est imbibée, la terre s'est
gonflée d'eau, les ornières des chemins ont débordé,
et un autre soleil est revenu. Ce n'est plus celui de
l'été. Il est tamisé par des vapeurs, des nuages
l'arrêtent de temps en temps, des averses le font
jouer à l'arc-en-ciel; de la terre encore chaude
monte une moiteur saisissante, comme si l'air était
plein de sève.

Mais ce n'est pas la sève du printemps, avec son
explosion de chlorophylle et de fleurs. C'est celle de
l'autre règne, la sève incolore et capricieuse éla-
-borée par les mycéliums réveillés, et qui pénètre
toute la terre vivante de son parfum unique. Comme
ils sont pressés, tous les champignons! Ils semblent
savoir que le temps est court, et ils se hâtent d'émettre

avant les froids leurs milliards de spores inutiles.
Les plus petits sont les plus pressés. Les minuscules
Mycènes essuient les planches avec leurs petits cha-
-peaux d'un demi-centimètre. Tout leur est bon :
les feuilles tombées, la mousse, le bois mort, les
aiguilles de conifères ; chaque élément du sol a son
espèce et, si le commun du public dédaigne ces brim-
-borions dont on ne peut rien faire, le mycologue,
lui, les pourchasse avec ardeur et enferme chaque
espèce dans un tube (elles sont si fragiles!) pour les
examiner à loisir et essayer de les déterminer. Ce
n'est pas une opération commode que de donner
un nom à chaque représentant de cette petite plèbe
qui compte plusieurs centaines d'espèces. Il y faut
bien des livres, de la patience, et un bon microscope.
Quelques jours plus tard, on voit poindre un peu
partout des seigneurs de plus haute importance. Les
Amanites, les meilleures à côté des pires, déchirent
leur volve, allongent leur pied, laissent tomber
leur anneau et étendent leurs parasols verts, rouges,
blancs, roses, jaunes ou gris. Et les spores quittent
les lamelles, si légères que le moindre souffle les
emporte au loin. Oronges splendides, pourpre et or,
phalloïdes traîtresses qui font mourir l'imprudent
dans d'horribles souffrances, tue-mouches qui pro-
-voquent un délire effrayant, vineuses tendres et
pleines de saveur, elles sont là, chacune à sa place,
attendant leur cueilleur passionné ou le coup de pied
stupide de l'indifférent.

Bientôt, ce seront les cèpes, les beiges, les bruns
les acajou et les noirs. On ne les voit jamais venir,
tant leur croissance est rapide. On peut aller tous

les jours au bois sans en voir un, et tout à coup on
en remplit un panier, puis cinq, puis il faudrait des
voitures. Et, aussi subitement, c'est fini, on n'en voit
plus un seul. Ceci, bien entendu, les années où ils
daignent se montrer, car dans l'Est, sinon dans le
Midi, on peut passer dix ans sans presque en voir.
Après eux, c'est l'explosion de tout le reste. Les
impossibles Cortinaires, les Russules qui se ressem-
-blent toutes, les détestables Lactaires, les Tricho-
-lomes charnus, les Clitopiles exquis, les Clitocybes
suaves, les Craterelles funèbres, les Clavaires plus
belles que le plus beau corail, les Phallus à l'odeur
épouvantable. Mais pourquoi faire un catalogue ?
A peine un palmarès pour les plus spectaculaires.
Car il y a ceux que tout le monde voit parce qu'ils
sont trop gros, trop rouges, trop jaunes ou trop
étranges. Et il y a la foule des champignons discrets,
presque indistincts, grisonnants, chétifs, inodores,
insipides, immangeables, dont le secret n'est atteint
et percé que par ceux qu'anime une passion dévo-
rante et dédaigneuse des plus rudes obstacles.
Si vous rencontrez un jour dans les bois un homme
bizarrement harnaché et porteur de sacs et de
paniers, si ce n'est de la fameuse boîte verte, qui erre
de tous côtés en explorant le creux des vieux troncs
d'arbres, les fagots pourris, les revers des fossés et les
crottins du printemps, n'hésitez pas à le reconnaître,
c'est un mycologue en quête d'espèces rares. Il
trouve des champignons où personne n'en voit et ne
s'intéresse qu'à ceux dont personne ne veut. Il est
amateur d'amadou, de moisissures, de minables
excroissances sur le bois tombé, de taches sur les

feuilles. Il pourrait, comme un autre, rapporter des
cèpes ou des chanterelles. Non, il n'en mange jamais
pour en avoir trop vu, et l'inutile est sa seule pâture.
Vous pouvez cependant l'aborder sans crainte,
fût-il académicien, ce qui arrive souvent, il vous
répondra de façon humaine et vous donnera tous
les renseignements que vous voudrez, même sur la
comestibilité de votre récolte. Mais, voyez-vous, il
est au coeur même d'un monde dont vous effleurez
à peine le contour. C'est M. Swann chez la duchesse
de Guermantes, et vous êtes à peine le portier de
l'hôtel.

Et il vous présentera, chemin faisant, à quantité de
personnes charmantes dont vous ne soupçonniez
pas la distinction, il entr'ouvrira pour vous le laby-
-rinthe des Inocybes, il vous initiera aux Bolets si
difficiles parce qu'ils changent trop vite de couleur,
et il vous expliquera, si vous en avez envie, comment
naissent les champignons.

Car d'où sortent-ils ? Sur leur histoire, on ne sait
rien ou presque. Si nous connaissons assez bien la
flore chlorophyllienne des époques révolues par les
innombrables fossiles végétaux qu'elle a semés sur
son chemin ---- ne serait-ce que le charbon de notre
chauffage ---- les champignons, eux, trop fragiles,
n'ont pas laissé de traces appréciables. Tout ce
qu'on peut dire, et c'est là leur originalité profonde,
c'est qu'ils sont incapables de fabriquer de la chloro-
-phylle, ce qui les condamne à utiliser des aliments
hydrocarbonés préfabriqués, si j'ose dire. Et c'est
ce qui leur interdit les ambitions démesurées. Car,
quand nous voyons un champignon, même le plus

gros, nous oublions presque toujours qu'il n'est
qu'un carpophore, c'est à dire un porte-graine, et
que la plante réelle qui le produit est cachée aux

![Fig1.]()

Fig 1.

a. Léphocystides utriformes de Drosophila.

b. ---- lagéniformes de Drosophila.

c. ---- cylindriques de Gomphidius.

d. ---- vésiculeuses de Coprinus.

e. ---- d'Agrocybe arvalis.

f. Lamprocystides d'Inocybes

g. ---- de Drosophila spacidea.

h. ---- Cantharellus carbonarius.

i. ---- Pluteus cervinus.

(D'après Romagnesi.)

regards ; que si nous la cherchons dans la terre.
ne trouverons d'habitude rien du tout ou, au mie
un ensemble de mièvres filaments, 1ncroyablement
fragiles, et qui ressemblent à une pincée de coton
hydrophile. Eh quoi ? serait-ce de ce rien que
sortent les cèpes de trois livres et les Polypores de
cinquante kilos ? Oui. Ces filaments, qui apparaissent
sous le microscope comme de pauvres tubes transpa-
-rents attachés l'un à l'autre dans le plus grand
désordre, quand le moment est venu, sont capables de
digérer avec une vitesse incroyable le milieu dans
lequel ils se trouvent et de produire à l'air libre (ou
dans ce milieu même, car il y a beaucoup de cham-
-pignons souterrains) ces appareils reproducteurs
d'une infinie variété de forme, sans qu'on puisse
comprendre conmment une plante d'apparence aussi
anonyme qu'un mycélium reste fidèle à une rigou-
-reuse spécificité. Toute l'originalité de ces êtres est
réservée au porte-graines, et il semble que chaque
champignon ait résolu à sa manière propre, qui est
souvent bien étonnante (mais tout n'est-il pas éton-
-nant pour qui sait ouvrir les yeux?), le problème
de la meilleure dispersion de ses spores.

nous
eux,

Tout le monde sait ce que c'est qu'une spore. Une
simple cellule plus ou moins ovoïde, de couleur
variée et dont les dimensions vont le plus souvent
de quatre à quinze millièmes de millimètre. Elles
sont souvent ornées de reliefs très divers, pointes
crêtes, verrues, sillons, rides de toute fantaisie. Et
leur forme est assez fidèle dans chaque espèce pour
que leus caractères soient nécessaires et suffisants,
parfois, à leur définition. Ces spores, dans les gros

Fig. 2. ---- Germination d'une Ascopore Pleurage taemoides.

(D'après Ch. Moreau.)

champignons qui nous occupent, et qui sont les seuls
dont nous nous occuperons, se forment tantôt à
l'intérieur de sacs allongés, qu'on appelle des asques,
comme chez les Morilles, dont elles sont violemment
expulsées à la maturité par un mécanisme très ingé-
-nieux; tantôt elles se forment par deux ou quatre, à
l'extrémité de bâtonnets qu'on appelle des basides,
d'où elles tombent au moment venu pour courir leur
aventure.

A Supposer qu'une spore tombe dans un endroit

propice, elle germera et donnera à plus ou moins
brève échéance un mycélium capable de reproduire
le champignon d'où il est sorti. Mais souvent les
faits sont beaucoup plus compliqués. Car la repro-
-duction des champignons n'est pas toujours asexuée,
commc on l'a cru longtemps. Les spores ont un sexe

![fig 3.]()
Fig. 3. ---- Coupe perpendiculaire à l'arrête d'une lamelle chez
le Cortinarius carbonicola Heim. (D'après R. Heim.)

Pour un grand nombre d'espèces, il faudra qu'une
spore mâle se trouve à proximité d'une spore femelle
pour que les deux petits mycéliums primitifs (les
haplontes, pour ceux qui veulent tout savoir) se
rencontrent et s'épousent pour la vie. Bien humble
amours, mais aussi romanesques que les nôtres, si
l'on songe au nombre prodigieux de malheureux
haplontes qui mourront célibataires sans que le vent
ait apporté près d'eux 1'âme sœur qu'ils atten-

Fig. 4. Galactinia lividula (coupe) (x300).

daient! Et que dire du grand nombre de champi-
-gnons qui ont non pas deux, mais quatre sexes ?
Quoique les chances de conjungo devienncnt ici
vraiment minimes, il ne semble pourtant pas que ces
espèces-là soient sensiblement plus rares que les
autres.

Il y a d'ailleurs plus étrange encore. Savez-vous
que bon nombre d'espèces ont des spores qu'on n'a
jamais vu germer ? Celles des Amanites, ou des
Bolets, par exemple. Ce qui ne veut pas dire qu'elles
ne germent jamais, évidemment, mais il y a de fortes
chances pour qu'il en soit ainsi. Et alors, il faudrait
admettre que quand un mycélium de cèpe ou
d'oronge court le risque et la fatigue de fabriquer
un cèpe ou une oronge, c'est par simple tradition
ou pour l'amour de l'art, puisque ce porte-graines
ne porte que des graines qui ne valent rien. Il est
vrai que chez les plantes supérieures, il y en a aussi,
comme les pervenches, qui fleurissent énormément
et ne grènent autant dire jamais; ou comme les vio-
-lettes, dont les fleurs visibles sont toujours stériles.
Et il faudrait alors admettre que ces espèces-là ne se
reproduisent plus que d'une manière végétative,
des fragments de mycéliums se trouvant bouturés ici
ou là par le groin des sangliers ou les pattes des petits
rongeurs. C'est en tout cas un de ces menus mys-
-tères dont la Mycologie est pleine, et qui attendent
encore leur Newton pour être éclaircis.

De l'architecture des Champignons

La face inférieure du chapeau d'une Amanite
est occupée par de larges lamelles qui partent du
pied et atteignent la périphérie. Entre ces grandes
lamelles, on en voit de plus petites qui s'insèrent
entre les autres. Ces lamelles de toute taille et dont
la largeur peut atteindre un centimetre sont entière-
-ment tapissées de basides, qui portent chacune
leurs quatre spores. Chacune de ces lamelles a en
moyenne une surface de huit centimètres carrés.
Comme il y en a cinq cents, la surface hyméniale
d'une Amanite de quinze centimètres de diamètre
est de quatre mille centimètres carrés au moins,
c'est-à-dire la surface d'un carré d'à peu près soixante-
-quatre centimètres de côté. N'est-ce pas magnifique
de voir une telle multiplication d'une surface donnée
par un simple plissement ? C'est le miracle qu'opèrent
nos femmes tous les jours quand elles ont envie d une
robe plissée qui exige trois fois plus de tissu qu'une
autre.

Mais les Amanites, dans l'échelle des champi-
-gnons, représentent une aristocratie à laquelle ils
sont loin d'avoir tous atteint, et la Nature, avant

d'avoir obtenu une solution aussi satisfaisante, a
longtemps tâtonnė. Nous en avons les preuves sous
les yeux par toutes les ébauches plus ou moins heu-
-reuses qu'elle a laissées sur son chemin et dont
l'enseignement est tout à fait instructif. Un peu de
courage et suivez-moi.

Laissons de côté les champignons microscopiques,
pour intéressants qu'ils soient, et commençons par
ceux qui se voient à l'œil nu. Les plus simples se
présenteront à nous sous forme de cylindres effilés
aux deux bouts ou de petites massues. L'ensemble
de la plante est fait d'un gros faisceau de cellules
allongées et lâches, revêtu extérieurement d'un tapis
de basides qui, les unes après les autres, émettront
leurs spores. Formule bien primitive et dépourvue de
distinction, qui, n'a pour elle que le mérite de la
simplicité. Telles sont les Clavaires en pilon, si
communes sous les hêtres, ou les Clavaires fistuleuses
qu'on trouve parfois dans les ornières des chemins,
sur l'argile nue. Mais ces Clavaires si archaïques
ont essayé de mettre au jour des modèles plus per-
-fectionnés. Les unes poussent en touffes d'innom-
-brables individus, comme la charmante Clavaire
fragile, petits bouquets blancs de neige qui émergent
de la mousse et se brisent au moindre contact. Les
plus audacieuses ont multiplié leur surface par la
division, si j'ose dire. On voit un tronc charnu qui
se sépare en gros rameaux qui se divisent à leur
tour et se divisent encore jusqu'à donner des pointes
ténues et innombrables, qui évoquent tantôt des
madrépores, tantôt des choux-fleurs un peu montés,
mais jaune d'or, gris, roses, pourpres ou violacés et

d'une délicieuse fraîcheur. Mais gare aux coliques!
Cette belle apparence est souvent traîtresse et les plus
fins mycologues se laissent aller avec les Clavaires à
d'étranges méprises.

Tout le monde a cueilli des chanterelles. Quand
il pleut au mois de juillet, il est bien rare qu'on n'en
trouve pas partout, et souvent en grande quantité.
Leur récolte est une des plus amusantes qui soient.
Belles comme des iris, charnues et parfumées, on
les mange partout dans le monde. Eh bien! elles sont
tout près des Clavaires, mais elles leur ont ajouté un
notable perfectionnement. Si elles sont faites encore
d'un ensemble de tissus homogènes et non diffé-
-renciés qui s'évasent en entonnoir, elles ont localisé
leur membrane fructifère à la surface inférieure
de cet entonnoir, en la mettant ainsi à l'abri des
intempéries, alors que chez les Clavaires vraies la
nursery était exposée au vent, au soleil et à la pluie,
sans aucune précaution. De plus, l'hyménium a
augmenté sa surface en se plissant grossièrement.
Ce ne sont pas encore de vraies lamelles : de grosses
rides simplement, mais nous sommes manifestement
sur le bon chemin.

Connaissez-vous les Hydnes, qu'on appelle aussi
pieds de mouton ou langues de bœuf? La forme
est celle d'une Chanterelle, mais la surface hymé-
-niale est multipliée ici par une infinité de pointes.
Soluion viable et adoptée par un grand nombre
d'espèces presque toutes assez rares, montagnardes
et fort décoratives. Toutefois cette formule demeure
elle aussi paresseuse et primitive.

Et, tout à côté, nous avons la série des « champi-

gnons à trous ». Arrachez sur un tronc d'arbre un
Amadou quclconque et considérez sa surface infé-
-rieure. Elle est percée de milliers d'orifices minus-
-cules, qui ne sont que les ouvertures de tubes plus
ou moins profonds, Et chacun de ces tubes est tapissé
intérieurement de basides. Certains individus parmi
ces « Polypores » sont les plus grands fabricants de
spores connus. On a calculé qu'un seul Ganoderma
applanatum pouvait en émettre une centaine de
milliards en vingt-quatre heures! C'est une série qui
comporte d'ailleurs de magnifiques réussites, surtout
parmi les grands Polypores semi-terrestres. Le
Polypore en ombelle, en particulier, qui Croit sur
les bois enterrés, est bien charmant à voir et encore
plus à manger, avec ses centaines, quelquefois ses
milliers de petits chapeaux beiges portés par la même
souche rameuse. C'est à coup sûr une des plus belles
productions de la nature.

Mais revenons aux lamelles, qui représentent
l'avenir véritable de toute la famille. De simples
rides qu'elles étaient chez les Chanterelles, elles
deviennent lamelles vraies chez les Hygrophores.
Lamelles encore bien grossières et bien épaisses
à vrai dire, bien peu nombreuses, et dont la produc-
-tivité n'est guère en rapport avec la masse de l'ensem-
-ble. Néanmoins, elles sont ici d'authentiques organes.
Et surtout chez les Hygrophores les plus hardis, on
voit apparaitre une nouvcauté : le chapeau est cou-
-vert d'une pellicule ---- d'une cuticule si vous pré-
-férez qui semble bien être déjà un organe diffé-
-rencié de protection. Car cette cuticule, souvent vi-
-squeuse, est assez imperméable et empêche le cham-

Omphalia inte-
-grella,
un des
plus petits
agarics.

Lentinus tigrinus
sur millieu
au moût de
bière. Cultu-
-re et fructifi-
-cation au
laboratoire.

(Cl. Muséum.)

-pignon d'être inondé intérieurement par la pluie
qui le ferait pourrir. Ils sont les premiers à s'être
avisés qu'ils étaient nus, et ils ont adopté cette pro-
-tection très efficace que nous allons rencontrer
souvent désormais. Les Hygrophores forment par
ailleurs une famille charmante, nombreuse, facile,
sapide et incapable de mauvais desseins.

Parlons maintenant des Lactaires et des Russules,
puisqu'il faut les mettre quelque part. Il semble
bien qu'ils forment un groupe aberrant qui n'a pas
de bonne place dans la classification. On dispute
sur son origine, qui permet à la fois des débats pas-
-sionnés et des hypothèses aussi brillantes que fragiles.
Quoi qu'il en soit, ces champignons sont faits de
grosses cellules rondes, ils n'ont aucune fibre et se
cassent comme de la craie, et leurs spores sont toujours
pourvues d'ornements en relief qui ont fait donner
à la famille le nom d'Astérosporées. De plus les
Lactaires sont ainsi nommés parce que leur chair
laisse échapper du lait quand on la brise, et les
Russules, qui semblent sortir des Lactaires, sont des
Lactaires sans lait dont les lamelles sont toutes égales
ou quelquefois fourchues, sans qu'on trouve chez
elles des lamelles de différentes longueurs, comme il
est de règle dans les autres tribus. Les Lactaires
sont à peu près sans intérêt gastronomique et ne
surexcitent pas énormément les mycologues parce
qu'ils ne sont pas assez dificiles. Il en est tout autre-
-ment des Russules, dont la détermination pose des
problèmes souvent insolubles. Elles se ressemblent
d'autant plus que beaucoup peuvent avoir n'importe
quelle couleur, et, pour arriver à leur donner un nom

à peu près sûr, le microscope est de rigueur en même
temps que l'usage de divers réactifs chimiques dont
les renseignements ne sont pas a négliger. Elles ont
leurs spécialistes fougueux et feroces, gråce à qui la
liste des Russules connues s'allonge tous les ans d'une
dizaine d'unités. Nous y reviendrons plus tard.

Et c'est le moment de vous parler des Paxilles. On
ne peut mieux les définir qu'en disant que ce sont des
Bolets à lamelles. Des Bolets ils ont la chair molle
et, de plus, leurs lamelles s'en vont toutes ensemble
quand on les presse, comme les tubes d'un cèpe.
Le Paxille à bords enroulés est fréquent sous les peu-
-pliers, les trembles et les sapins. C'est un champi-
-gnon massif, velouté, un peu mou, brun roux noir-
-cissant, et plus intéressant pour le systématicien que
pour le gourmet.

Mais il a un frère encore beaucoup plus curieux
que lui, c'est le Phylloporus Rhodoxanthus. Si curieux
que, ne sachant quoi en faire, les mycologues
lui ont donné seize noms et l'ont mis dans onze
genres différents, jusqu'au jour où Quélet créa un
genre pour lui tout seul. C'est qu'on ne sait pas si
c'est un champignon à lamelles ou un Bolet. En
effet, il a bien des lames, mais ces lames sont capri-
-cieuses, se rejoignent les unes les autres et arrivent
a former des alvéoles qui sont presque des tubes.
Ce petit champignon a fait couler bcaucoup d'encre,
malgré sa rareté et son peu d'apparence. Car il
forme un trait d'union providentiel entre les Agarics
et les Bolets. Il a permis de supposer que les Bolets
étaient aussi des champignons à lamelles, mais dont
les lamelles, par une évolution qu'on peut suivre par

de nombreux intermédiaires, ont formé d'abord des
pores alvéolaires irréguliers, puis des tubes de plus
en plus réguliers jusqu'à être parfaitement cylin-
-driques, comme ceux qu'on voit sous le chapeau
des cèpes classiques. Tubes qui n'ont rien de com-
-mun avec ceux des Polypores, qui ne sont que des
prolongements de la chair, tandis que ceux des
Bolets forment une couche organiquement diffé-
-renciée. Et pourtant on peut soutenir aussi que les
Bolets sont sortis des Polypores et certains le sou-
-tiennent encore. La vérité, c'est sans doute que parmi
les Bolets certains sont issus d'une des deux familles
et les autres de l'autre.

Et nous voici en présence des Agaricales vraies, à
lamelles complètement évoluées. On ne peut pas
fatiguer le lecteur bénévole par un catalogue complet
des genres. Mais il faut marquer au moins des points
de repère. Songeons d'abord aux tout simples Tri-
-cholomes, généralement robustes, dont le chapeau
n'est qu'un évasement du pied, à vraies lamelles
émettant des spores blanches; aux Cortinaires, qui
présentent un perfectionnement supplémentaire.
C'est-à-dire que le jeune champignon est enveloppé
d'une légère couverture protectrice dont on aperçoit
les restes sous forme de filaments arachnéens au
bord du chapeau et sur le pied quand le carpophore
éclate aux Pholiotes qui sont, elles, pourvues en
plus d'un anneau, qui n'est qu'une membrane de
protection des lamelles; cette membrane couvre les
lamelles dans le jeune âge, puis se sépare du bord du
chapeau quand celui-ci s'étend et retombe sur le
pied.

Et nous arrivons auX champignons tout à fait
supérieurs, ceux chez qui chaque organe est complè-
-tement différencié. Prenez un vulgaire champignon
de couche et arrachez son pied, vous le ferez sans
déchirure, car le tissu du pied est différent de celui
du chapeau, marque d'une spécialisation supé-
-rieure. ll en est de même chez les Coprins, qui eux
ont inventé de se liquéfier et ainsi pleurent leur
spores noires en larmes d'encre. Les Lépiotes, elles
aussi, ont un pied séparable, un riche anneau et
d'admirables lamelles. Et enfin, tout en haut de
l'échelle, les Amanites. Une jeune Amanite est
complètement enfermée dans une tunique épaisse
qu'elle fait éclater en croissant. Cette tunique,
quelquefois double, demeure à la base du pied
comme un petit sac, qu'on appelle volve, ou se dis-
-perse en écailles sur le chapeau selon les espèces.
C'est le voile général, qu'accompagne toujours le
voile partiel, un anneau plus ou moins ample ou
fragile, parfois tellement fragile qu'on ne le devine
pas dans les simples chinures qu'il laisse le long du
pied. Le chapeau est toujours couvert d'une cuticule
imperméable et entièrement séparable, et le pied
ne fait pas corps avec le chapeau. Les Amanites
sont le chef-d'œuvre de l'ordre des Cryptogames
cellulaires. Beauté des formes et des coloris, élégance
suprême, légèreté et puissance, excellence du parfum
ou du poison, elles traînent derrière elles un relent
d'intoxications fameuses et un renom gastrono-
-mique inégalé! Elles sont fort bien représentées en
France et se trouvent partout, à part deux ou trois
espèces franchement méridionales. Elles ont l'avan-

-tage d'être faciles à déterminer, grâce à l'abondance
de leurs caractères, et c'est une joie que peuvent se
permettre assez vite les débutants de connaître
« toutes les Amanites ». Il faut d'ailleurs commencer
par elles, pour être sûr de ne pas s'empoisonner.

Et voilà! Si vous avez eu le courage de me suivre
jusqu'ici, vous aurez acquis sans vous en apercevoir
une vue cavalière de la classification bien suffisante
pour un honnête homme. Et, si le coeur vous en dit,
il ne tiendra qu'à vous d'entrer dans les détails en
consultant les ouvrages spéciaux que vous pourrez
trouver. Ce jour-là, vous serez « mordu » et n'aurez
plus besoin de nos services.

Vocation mycologique

Mes parents, étant fort chargés de famille ---- nous
étions sept, ---- m'expédiaient souvent pendant les
vacances chez un excellent homme de cousin, à la
campagne. C'était un pays charmant. La maison
s'ouvrait sur la route et sur un grand verger. Il y
avait une chèvre et un cochon. Les prés descen-
-daient jusqu'au ruisseau. Au delà, c'étaient les grands
bois, et de l'autre côté sur la colline, d'immenses
pâtures et, plus loin encore, des plantations de sapins
en marge d'une autre forêt. Le paysage paraîtrait
bien insignifiant sans doute à un touriste profession-
-nel, mais, pour un gamin de cinq ans, enfermé dans
une ville toute l'année, c'était le paradis. Je n'avais
jamais rien vu d'aussi beau que la tapisserie de la
cuisine, qui répétait cent fois l'histoire du Petit
Poucet, ou que l'énorme héliotrope qui embaumait
ma chambre. Et surtout il y avait Clémentine.
C'était la robuste fille de nos voisins, qui m'emme-
-nait avec elle aux framboises, aux fraises et aux
mûres.

Un jour de septembre, elle me demanda si j'avais
du courage. Je pensai qu'elle voulait m'arracher une

dent mûre, et j'allais dire que non, mais sans attendre
ma réponse, elle m'annonça d'un air mystérieux
« Aujourd'hui, on va aux champignons; c'est loin
mais tu tâcheras de ne pas grogner. »

Et nous voilà partis sur des sentiers inconnus jusque
vers ces sapins qui me semblaient au bout du monde,
« Attention, on approche ! Tu vois cette trace
verte, là-bas, dans l'herbe ? »

J'écarquillais tellement les yeux que je ne voyais
plus rien du tout, mais je jurai que je l'apercevais
très bien.

« C'est là ! ne va pas trop vite! »

Aussitôt, je courus comme un écervelé et m'arrêtai
brusquement devant un spectacle inconnu pour moi.
Émergeant de la grande herbe, une trentaine de
grosses sphères blanches, immaculées, brillaient au
soleil. Elles étaient régulièrement disposées dans un
cercle où l'herbe était plus verte qu'ailleurs. Mon
cœur battait à grands coups, comme devant une
révélation stupéfiante. Je n'osais plus bouger et il
me semblait que le temps venait de s'arrêter.

« Alors, petit, elles sont là ?
---- Qui ?
---- Les boules de neige, bien sûr! »

Ainsi c'étaient des boules de neige que Clémentine
détachait avec son couteau et disposait doucement
dans son grand panier. L'une d'elles, encore toute
fermée, que je cueillis moi-même, était aussi grosse
que ma tête. Je la palpais doucement, je la flairais,
je ne pouvais détacher mes yeux d'une si belle chose.

« Est-ce que ça vaut la peine ? disait Clémentine.
Mais tu es là comme une statue. Je suis sûre que tu

aimerais mieux jouer au cerceau sur le trottoir.
Tiens, goûtes-en un morceau tout cru, tu verras
comme c'est bon! »

J'écrasais sous mes dents cette chair suave et
tendre, humide et douce, faite de rosée et du parfum
de la terre, et je ne savais pas que je venais de com-
-munier pour la vie avec un démon malin. Car ce fut
dès lors une fureur. Je trouvais des champignons
partout, je harcelais Clémentine pour retourner avec
elle au bois, je la guettais avec son grand panier et
volais à ses trousses comme un jeune chien de chasse.
Quels cris au moindre cèpe! Quelles danses quand je
découvrais une belle place de quelque chose! Mon
œil s'accoutumait à déceler la moindre tache de
couleur. C'étaient presque toujours des champignons
que Clémentine ne connaissait pas, et elle me disait :
« C'est de la saleté! »

J'étais déconfit et peu satisfait, car elle ne connais-
-sait vraiment que trois ou quatre espèces et, pour les
autres, elle employait un peu au hasard d'étranges
noms patois qui me remplissaient d'un respect un
peu effrayé. Ce qui lui inspirait le plus de terreur,
c'étaient les Bolets qui devenaient bleus à la cassure.
Quand on en rencontrait, elle les écrasait d'un coup
de bâton et elle me disait :
« Tu vois, ce bleu, c'est tout le poison qui vient à
l'air. Il est tellement fort, ce poison, que, rien que de
le toucher, ça donne des boutons aux mains, et, si
on le respire, ça fait enfler le nez. C'est les cèpes du
diable! »

Plusieurs années de suite, je recommençai ces
merveilleuses promenades. J'apprenais à deviner les

places et à les retrouver. J'apprenais aussi à dépis-
-ter les autres chercheurs. Un jour, en suivant un
sentier, je vis derrière un chêne une longue trainée
d'énormes Chanterelles.

« N'y touche pas! » m'ordonna-t-elle.

Je me demandais si c'étaient les fameuses fausses
Chanterelles que je n'avais jamais vues; mais tout
simplement « le Roger », qui était aussi aux champi-
-gnons, venait à notre rencontre par hasard sur le
même chemin.

« Alors, on en trouve ? nous dit-il quand il fut
près de nous.

---- Petitement, lui dit Clémentine. Elles n'ont pas
encore poussé; et puis ce n'est pas bien l'endroit. »

Le Roger passa et s'éloigna très vite, jugeant inu-
-tile de perdre son temps où Clémentine avait passé.
Et, quand il fut hors de vue, nous revînmes sur nos pas
et nos paniers furent bientôt pleins.

« Tu comprends, me dit Clémentine, c'est la
meilleure place de tout ce bois-ci. S'il l'avait trouvée,
c'était fini. Il ne faut jamais cueillir un champignon
quand quelqu'un te regarde. »

Quand j'eus dix ans, on m'alloua cinq francs par
semaine. J'économisais avec héroïsme sur les bouchées
de chocolat pour m'acheter un livre qui me faisait
sécher d'envie à la vitrine du libraire. Soixante
champignons comestibles, par Bernardin. La couverture
de toile représentait une dame assise, feuilletant
un livre de la main droite et tenant de la gauche
un champignon. Au bout de trois mois, je pus enfin
l'acheter et je crus alors détenir le moyen de devenir
un grand savant. A vrai dire, les gravures en cou-

-leurs me paraissaient bien un peu vagues et ne répon-
-daient à rien de ce que j'avais déjà vu. Pourtant
j'étais plein de confiance et j'appris ce livre à peu
près par cœur. « Ainsi, me disais-je, je ne serai jamais
pris au dépourvu. » Et je m'imaginais aussi que tous
les champignons existants étaient représentés là.
Mais, peu à peu, je me rendis compte que la plupart
de ceux que je trouvais étaient encore autre chose
et je me désépris de mon livre. N'ayant personne pour
me conseiller, je ne devais compter que sur le hasard
pour m'aider dans mes efforts.

Un jour, le même libraire mit en vitrine les deux
volumes de l'Atlas de Dumée. Il me permit de les
feuilleter, et je fus si transporté d'enthousiasme que je
pus à peine dormir la nuit suivante, surtout à cause
du prix ! Il m'aurait fallu au moins six mois d'ascé-
-tisme pour pouvoir l'acquérir. C'est mon parrain,
à qui je m'ouvris de la chose, qui dénoua le pro-
-blème. Enfin, je reconnaissais des champignons!
Je pouvais mettre un nom sur ceux que je trouvais!
Et comme ceux que je ne connaissais pas encore
me faisaient rêver! Jamais je n'avais vu d'Oronges.
Elles sont rares dans notre Est trop froid. Je croyais
toujours que j'allais en trouver et je revenais tou-
-jours déçu. Ma seule satisfaction était de savoir leur
nom latin et d'être sûr qu'au premier coup je les
reconnaîtrais sans hésitation, comme de vieilles amies.
Je m'aperçus aussi qu'au bout d'un an de Dumée je
connaissais soixante-dix champignons. Quel orgueil !
Je commençais à rapporter à ma famille le produit
de mes récoltes. On m'accueillit d'abord avec une
extrême méfiance. On avait raison. Je n'étais qu'un

gamin. Et malgré ma certitude de ne pouvoir empoi-
-sonner personne puisque je, connaissais à fond les
plus vénéneux, je comprends assez bien aujour-
-d'hui que plusieurs fois j'aie été seul à toucher au plat.
Pour plus de sûreté, on m'envoyait les montrer au
pharmacien, dans l'idée qu'un pharmacien devait
connaître les champignons. Il examinait ma récolte
avec une moue de réserve supérieure et blessée,
coupait en deux les plus beaux exemplaires et répon-
-dait toujours :
« Ils sont sans doute comestibles, mais je n'en man-
-gerais pas pour un empire. »

Manifestement, il faisait semblant et n'y connais-
-sait rien du tout. J'eus tôt fait de m'en rendre compte.
Et je rapportais sa réponse en la déformant quelque
peu.

« Il a dit que c'était Amanita Rubescens et Russula
cyanoxantha, et qu'il n'y avait rien de meilleur. »

Les noms latins ayant beaucoup de prestige, on
accepta peu à peu les champignons comme un mets
naturel et, quand je n'en trouvais pas, on m'en fai-
-sait reproche.

Ayant grandi, et mon pécule hebdomadaire étant
passé à vingt francs, je fis l'achat de la Flore, de
Bigeard et Guillemin, sans m'apercevoir que c'était le
deuxième volume, c'est-à-dire celui qui ne contient
que les champignons rares ou mal connus. Je fus
affolé plusieurs jours, mais le premier volume vint
prendre sa place et rendre ses services. Puis j'achetai
la Flore, de Costantin et Dufour, et l'Atlas, de Rolland.
Les bonnes heures que j'ai passées à « regarder les
images » et à lire les descriptions souvent bien insi-

-pides, avec le même plaisir que mes contemporains
prenaient à Jules Verne ou à Stevenson! Et, un jour,
un vieux pasteur me fit cadeau des Champignons
du Jura et des Vosges, de Quélet; je fis des progrès et
commençai à savoir déterminer bien des espèces.

De plus, je fis la rencontre, dans un village où
il passait ses vacances, de l'éminent mycologue que
fut Frédéric Bataille. Il m'apprit plus de choses en
trois heurcs que je n'en avais appris tout seul jusqu'à
ce moment-là. Ses conseils me furent du plus grand
prix, et de ce jour a commencé entre nous, malgré les
cinquante-cinq ans qu'il avait de plus que moi, une
amitié que sa mort seule a interrrompue.

Et puis, à dix-huit ans (on ne doute de rien, à cet
âge!), j'entrepris de monter une exposition de
champignons. J'avais récolté une quantité énorme
d'espèces, et je ne sais ce qui serait arrivé si les
annonces des journaux n'avaient alerté ce même
Frédéric Bataille et M. Konrad, le maître de Neu-
-châtel, qui s'en donnèrent à cœur joie de déterminer
les raretés et firent que cette journée, qui aurait pu
tourner au désastre, finit au contraire sur un magni-
-fique succès.

Devenu enfin mycologue adulte, j'entrai en rela-
-tions avec bien des confrères, grâce à la Société
Mycologique de France, et aujourd'hui, après trente
ans de pratique, je peux dire que je commence à
voir clair dans quelques familles et que je mesure
mon ignorance pour les autres. Mais, quoique
j'aie vu depuis des quantités d'espèces très rares,
très belles ou très curieuses, jamais plus je n'ai
trouvé le bouleversement extraordinaire qu'avaient

déchaîné en moi les Boules de neige de Clémentine.

Ne croyez pas que je vous aie raconté l'histoire
de mon initiation par pure complaisance à l'égard de
moi-même. J'ai voulu vous montrer seulement qu'on
n'arrive à quelque chose dans la Mycologie, comme
pour toute autre partie des Sciences naturelles
qu'avec beaucoup de passion et de patience. Et
cette passion, nous la portons en nous quand
venons au monde. Il faut simplement qu'elle trouve
son objet. Le hasard a fait des champignons mes
premières amours, et je leur suis resté fidèle. Mais, si
l'occasion s'en était trouvée d'abord, j'aurais pu tout
aussi bien devenir entomologiste, philatéliste ou
géologue. On raconte que le grand mycologue suédois
Elias Fries reçut le coup de foudre en rencontrant
l'Hydne coralloïde, et le Hollandais Persoon, en
admirant les coupes éclatantes de la Pezize coccinée.
Chez eux le choc a déterminé une existence entière
vouée à une seule science qu'ils ont fait sortir des
limbes. Chez moi, qui ne suis pas de la même étoffe,
les Boules de neige ont déclenché une marotte qui
a rempli ma vie de toutes sortes de joies sans faire de
mal à personne. N'est-ce pas déjà quelque chose?

Terrains de chasse

Il pousse des champignons partout. Nos caves
sont pleines de moisissures de toutes Sortes, qui tont
pourrir nos carottes et nos fruits. Elles se glissent aussSI
dans les bocaux à conserves mal fermés et les gâtent
sans remède. Nos charpentes hébergent malheureu-
sement, dans les lieux humides, divers Polypores qui
les vident de leur substance et provoquent souvent
des dégâts considérables et même des accidents plus
ou moins tragiques. Tout près de chez moi, récem-
ment encore, une douzaine de religieuses en oraison
dans leur couvent se sont retrouvées sans préavis,
et subitement, avec le plancher, dans la chambre du
dessous, où par chance il n'y avait personne. Elles
sen sont tirées avec quelques contusions.
Nos jardins nourrissent aussi leurs espèces coutu-
mières. Le champignon de couche s'y trouve fré-
quemment et bouleverse parfois les semis précieux
dans les châssis. Les Coprins, quelques Lépiotes, des
Morilles et des Pezizes s'y voient assez souvent.
Les parcs, surtout quand ils sont plantés de conifères,
présentent d'ordinaire en abondance de fort belles
et rares Amanites, et parfois des champignons exo-

tiques, qui peuvent y virC grac ux esS Cnces loin
taines qui les hébcrgent. Ily a des habitués du cèd..
gui
du Pin Weymouth, du Fseudotsuga ae Douglas, gn
10n
exigent sOuvent, pour etre deterTnines, 1a possessi
d'une fiore americaine Ou alricaine.
Mais sortons de notre Cicios eparcourons a
libre et vraie Nature. Avril, humide et doux, a réveillé
la terre. Cest le moment, S1 vOre region En produit,
de rechercher les Pezizes et les Mlorilles. On n'en
trouve pas partout, ni tous es ans. 1CS prem1eres
affectionncnt les haies d'epine noire, e bord des
fumiers, les bois de pins. Les secondes pretêrent les
vergers, les tossés des routes, es Vergers gras, les
places d'artichauts, les depotoirs, les vieux chilfons,
les forêts de vrais sapins, et clles font la guerre dans
les tranchées, les trous d'obus, les maisons bombar
dées et les ossements humains. Elles Sont recherchées
avec fureur et non seulement a cauSe de leur partum
ou du prix qu'elles atteignent, mais certains individus
y mettent une paSs10 presque inconcevable. Dansc
Jura, ou elles abondent, bien des ouvriers prennen,
quoi qu'il arrive, au mois de mai, quinze jours ae
conge supplementaire pour les traquer dans leus
repaires. ll y 1aut d'ailleurs un cil spécialemc
exercé! Car les Morilles sont couleur de teric
rOusses ou noirätres, presque toutes, et les C
Cheurs sans expérience marchent dessus sans 1
'en a1-je pas trouvé un jour de magnitiques
au mur de la poste, au pied même de la b01
lettres, dans une petite ville où cinq cents pe
vOr.
le long
2au molns les touchaient chaque jour du bout de i eus
semelles ?

(Cl. Muséum.)

Mucidula mucida, sur hêtre, en forêt de Fontainebleau.

Si elles sont rares en France, il est des pays, au
contraire, quisen couvrcnt au printemps. Souvenez-
vous qu'avant la guerre on les recevait, seches, par
wagons entiers, de Fologne ou de Sibérie, à des prix
incroyablement bas.
Et voici que les prés reverdis commencent à fHeurir.
Le Tricholome de la Saint-Georges n'est pas loin!
On le trouve dans les prairies calcaires, surtout sur le
lias, près des ormes, des épines blanches et des arbress
fruitiers, et on devine de loin sa prés ence aux cercles
verts ou ronds de sorcicres quil dessine. Et c' est
bien cc qui fait sa perte! La récolte cst trop facile
et attire de nombreux amateurs. je ne sais par quel
étrange phénomène il est impossible de passer le
premier dans un cercle connu, et on n'y arrive que
pour voir la mousse arrachée et T'herbe tout écrasée
aux envVirons. Mais les chercheurs ont des excuses.
C'est à coup sûr le plus exquis de tous les champi-
gnons connus. Le mieux est de bien chercher dans les
iriches un peu inaccessibles, d'y découvrir un ou deux
cercles dont on garde jalousement le secret, ct qui
permettront tous les ans une récoltc suilisante.
Comme pour tous les champignons de prairie, pour-
tant, c'est une recherche qui manque d'imprévu.
Le « Mousseron », puisque c'est à lui que revient ce
titre, semble plus abondant dans P'Ouest qu'ail
leurs. En Normandie, particulièrement, où les indi-
gènes n'en font pas de cas, on en trouve des quantités
presque miraculeuses. Je me souviens, en particulier,
d'un cercle si tourni de ces grOs champignons blancs
que, de loin, je le pris pour un tas de cailloux.
Passé le mois d'avril, il y a généralement un

intermède jusqu'a la fin du mois de juin. Ce
pas qu'on ne puis5e trouver quelques cèpes
mais il cst rare qu'il vaile la peine d'en cher
ce moment-là. 1 faudra attendre en fin juin, si
va bien, c'est-à-dire s'il fait chaud ct humide
n'esk
pes en mai,
ercher
pOur
songer aux chanterelles. Allez alors vous prom
lentement sous les chênaies bien exposćes, ne
laissez pas trop distraire par le chant des oiseay
regardez avec soin au bout de vos picds. Vos
verrez peut-ëtre rien, mais peut-ëtre aussi rem
qucrez-vous de petits boutons blanchâtres
comme des lentilles: ce sont les jeunes Chanterelles
Elles peuvent demeurer fort longtemps dans cet état
et se décident tout à coup à grandir. Il y faut une
étroite surveillance. Et si, pendant leur enfance, le
temps se met au sec, toute la récolte est perdue. Ls
VOus
e
Temar.
gros
pauvres petites se racornissent, brunissent et ne
croissent plus. A peine arriveront-elles à maturité
dans les ravins humides ou sous les taillis impéné.
trables qui gardent longtemps la fraicheur.
On n'en trouve pas que sous les chênes. Presque
tous les arbres leur sont bons. C'est sous les hêtraies
qu'on trouve les plus belles, mais un peu plus tar
divement. Et c'est un grand plaisir d'errer sous la
voûte si noble que soutiennent les grands tronc
lisses, à l'abri du lourd solcil, et de deviner sou
les feuilles, qu'elles n'arrivent pas toujours à soulevey
ces fleurs de la terre au puissant parfum d'abricou
Le contact frais ct doux de leur chair est un dele
pour les doigts qui les cueillent. La chair des cna
pignons, qu'on sent si fragile et si provisoire, a
jours quelqie chose d'un peu étrange et ne Tessca
tou
ble

à aucune autre. II me scmble que, si les ectoplasmes
existaient, leur substance serait faite aussi de cellules
tendres et vagues qu'un rien peut anéantir.
Même les sapins ne leur sont pas contraires. Elles
y abondent dans les Alpes, où elles affectent des
formes trapues et massives, ct presque incolores. Pour
le gastronome, ce sont à coup sûr les meilleures. Elles
ne se limitent pas d'ailleurs au début de l'été. On les
trouvera, mais moins abondantes, pendant tout le
reste de la saison, et elles viendront corser régulière-
ment les récoltes un peu maigres jusqu'au mois
d'octobre.
Puis ce seront les Russules. Elles jaillissent par
tout dans les bois et sur les lisières. Quoique leurs
qualités gustatives soicnt tout juste moyennes, nous
y reviendrons plus tard, car une petite revue de ce
genre si particulier pourra donner au lecteur une
idée de la difficulté de la Science mycologique et
l'induire à la modestie s'il a quelques prétentions.
Et voici, tout l'été, nos chères Boules de neige; il y en
a deux espèces, l'Agaric des jachères et celui des bois.
Le premier apparaît capricieusement dans les friches
ou les påturages sccs, et, quand on connait les stations,
il suffit d'y tomber au bon moment pour les trouver
dans leur fraîcheur. On a plus de chance si elles
croissent au moment des gros travaux des champs,
car, alors, les amateurs ruraux n'ont pas le temps de
s'en occuper. Celles des bois hantent surtout les
conifères, où elles se montrent aussi en cercles
plus ou moins étendus. Cest aussi une joie inconnuue
du vulgaire de parcourir les colonnades régulières
des épicéas et des sapins. On voit à cent mètres

poindre des ocufs blancs qui ecartent le
aiguilles, on approche
souvent, ce ne sont que des vesses-de-loun! et
un peu déçu, mais on ne devrait pas l'être
vesses-de-loup méprisables
un peu crème et jamais brillant. II faut don e
juste
52
qui écartent le tapis de
ds
he avec un peu d emotio
On est
re, ar les
sont toujours d'un
faut donc voir
Avec septembre, on ne sait plus ou donner de 1
tête. L'Agaric champëtre, ce frere sauvage du cham.
pignon de couche, tache de blanc, lui aussi, les pât-
rages. Les Amanites de toutes sortes foisonnent sur
les lisières. Les cèpes, quand is veulent, éclosent
partout, ou bien seulement sous les taillis, ou seule-
ment sous les futaies, ou seulement souS les sapins,
ou pas du tout. Mais il y a les quatrc-vingts autres3
espèces dc Bolets, tous aussi capricieux. Cependant
l est rare qu'on ne trouve pas I'un ou l'autre, ne
serait-ce que l'humble Bolet granulé qui hante les
pinedes herbeuses et qui désespère par l'excès meme
de son abondance.
la
Si le gastronome a déja bien du travail, que
du mycologue ? l est victime alors d'une veritaui
possession. Quel que soit le temps, il est oblige a
ler voir » ce qui se passe. Il rentrera trempe, Cou uvert
de boue et content sil rapporte seulement
Ompnale qui ne pèse pas un centigramme et
e ConnaiSs ait pas encore. Plutôt que les ruta trop e
iaciles et saccagées par ies
1ourrés impénétrables, quitte à derang
sangier étonné de cette concurrence.
a plat ventre sous de jeunes sapins et exa us
a un les mille petits riens dont la gran
a
une
barbares, il ira eXplo lorer
quelq
nchera
m

est pleine, jusqu'à ce qu'il ait trouvé son bonheur.
Cest bien le diable si, au bout d'un moment, il n'est
pas tombé sur un Inocybe douteux ou sur une Mycène
hérétique! Le lendemain, il ira s'enliser dans une
tourbière ou sur le bord d'un marais, où l'on est
toujours sûr d'une surprise. Les tourbières du Jura!
A quel botaniste ne font-elles pas un peu battre le
ceur? Parmi les coussins croulants des Sphagnums
croissent de maigres pins et de minables bouleaux,
nos deux myrtilliers, la violette des marais, le
ményanthe à feuille de trèfle. Le paysage a quelque
chose de désolé et de polaire, et, vraiment, ce lieu
extraordinaire ressemble à s'y méprendre à la taiga
sibérienne. Aussi y trouve-t-on des champignons
scandinaves qu'on chercherait en vain ailleurs. Rien
de comestible, mais toujours de l'inattendu. En plein
Jura calcaire, des champignons purement vosgiens,
qui ne trouvent que là le terrain acide dont ils ont
besoin. Combien de Lactaires et de Russules y sont
confinés! ls y abondent, alors qu'a un mètre du bord
de la tourbière on ne voit plus que les espèces clas-
siques du reste de la chaîne.
D'autres fois, on le voit partir avec une échelle.
Cest qu'il a deviné sur les branches d'un vieil arbre
des Polypores qui l'empêchent de dormir. Ce sont
peut-être de vulgaires Coriolus versicolor, mais il faut
le savoir. Ou bien, armé d'un grattoir, il fouillera
les abords des chênes isolés dans les pâtures sèches
pour y découvrir des truffes. Un jour, il s'en ira à
bicyclette, parce qu'il se doute qu' un bouquet de
mélezes, à vingt kilomètres de chez lui, doit être
environnć de tous ses commensaux, et il veut trou

ver Hygrophorus lucorum, qul ne connaît
Il sonde aussi à laube les tas de fumier
propriétaires, pour y surprendre les ConSei]
giles qu un souffie les fait fondre.
it pas encOTe
org
Coprins,
a
La dernière semaine de septembre porte an.
cette frénésie et la transtorme
comble
en manifest
rès. On
en parle d'une année à l'autre. Ceux d'autref
contrera de nouveau les Maitres de la Science
communautaires. Cest la saison du Con o
lon a tant apprIs, et ceux de l'avenir, où EO Ten
on
ce d
les Alpes de Savoie, en Algérie, dans le M
Climat
central, dans le Jura, et partout où le sol et le clima
favorisent la forêt ct les terrains pas ordinaire
Alors, pendant huit jours, des Anglais, des Suise
des Belges, des Hollandais, des Tchèques, des Fran
çais aussi, bien sûr, et en un mot tout ce qui compte
dans 1Europe mycologique exerce son expérience
et sa sagacité sur les moindres rencontres. On y
confronte des points de vue, on y discute éperdu
ment, on prend un bain de champignons. Pendant
une semaine, on est affranchi de toute obligation
sociale ou familiale. Matin et soir, on travaille et on
récolte. Et, comme par tradition chaque repas et
un petit banquet, la plus douce cuphorie et la plu
tendre cordialité règlent les rapports entre
Congressistes. Tous les soirs jusqu'à minuit, on
cute encore et, quand vient le jour de la séparauou,
uver
on s'est fait des amis et on jure de se rerou
l'année prochaine.
Vient octobre. Une fois les feuilles tombes
dans les forêts
ne trouve plus que peu de chose
naires. Cest dans les prés trempés ct
froids, et sous

les conifères encore, qu'on va faire les dernières décou-
vertes, et non les moindres. Les Hygrophores et les
Tricholomes attendaient cette saison mourante pour
venir au monde, et ce sont eux qui disent le dernier
adieu de la vie avant lhiver qui vient. Prenez
alors un solide imperméable et un vieux chapeau
et, dans le vent, sous la grande pluie horizontale,
arpentez encore une fo1s les pâturages où vous
cueillerez le Clitocybe géotrope, lHlygrophore cou-
leur de neige et le Tricholome sinistre. Si votre pays
est granitique, vous verrez de loin s'épanouir lim-
mense Lépiote élevée avec son parapluie artistement
tacheté. Et, sous les épicéas, les savoureux pieds
bleus, aux lamelles du plus tendre améthyste.
Aux premières gelées, tout est fini. Les mycéliums
fatigués s'cndorment. II ne restera plus qu'à guetter,
sur les peuplierS et les noyers pourris, au mois
de décembre, lc Pleurote en forme d'huître, qui
exige et brave les frimas.
Est-ce fini ? Oui, sauf exception. Dans lOuest,
où parfois il ne gele pas, les champignons s'at-
tardent longtemps. J'ai récolté en Normandie des
cèpes splendides, la rare forme jaune-citron, le jour
même de Noël. Mais c'est une rareté. Si vous voulez
pourtant prolonger la saison, c'est le moment, comme
le fait le mycologue Josserand, de ramasser des
bouses de vache et des crottins, et de les mettre en
chambre tiède, sous des cloches à fromage. On n'ob-
tiendra ainsi rien de ce qu'il faut pour faire une
omelette, mais tout l'hiver viendront au jour d'in-
saisissables Coprins. Cest ainsi que ce savant patient
et ingénieux a débrouillé ce genre et l'a fait sortir

de 1'à pcu près et de la brume qu1 en rendait Pétua
impossible.
ude
Et, pour travailler I'hiver, le mycologue a
d'autres précautions, Les jours d'excessive abonda
il n'a pas cu le temps de tout examiner, Alors i
mis les pluş petits champignons dans des tuhe
d'alcool, avec I'indication de la date et du lieu de l
récolte sur une étiquette.
les a fait sécher dans un panier à salade au-dessns
de la cuisinière. Ensuite il les a empaquetés avec
toutes les indications nécessaires. Ainsi conservés,
les champignons n'ont plus trop bonne allure et ils
sont bien difficiles à reconnaître à feil nu. Mais ils
permettront, pemdant les longues soirées d'hiver,
tous les Cxamens microscopiques qu'on voudra.
Il sufira d'en taire regontiler de petits fragments
dans l'ammoniac, où ils reprennent leur forme pri.
mitive,
a
Pour les plus gros, il
Que de soins, que de travail pour si peu de chose!
diront les non initiés. Quelle vanité et que de temps
perdu pour le seul plaisir de trouver des végétauK
sur lesquels il faille mettre un nom! Je comprends
qu'on tire une pareille conclusion, car les sciences de
la nature, pour ceux qui ne les pratiquent pas
paraissent toujours inutiles, sinon absurdes. Mais le
spécialiste des Mousses ou des Lichens, celui des
iseaux ou des nsectes sont dans le meme a
Ne pouvant tout connaître de la Nature, ils en ou
choisi un petit territoire, qu'ils explorent sans
ct ils découvrent tous des secrets de la même s0
Tls croyaient d'abord ne connaître que quelgu
especes et s'y amusaient. Ensuite ils ont compr
le

sens de ces espèces dans l'enchaînement admirable
qu'elles forment. IIs ont vu, derrière le voile multi-
colore des apparences, un peu du plan d'ensemble
de la Création. Et cette révélation-là les a tellement
stupéfiés qu'ils ont voulu en connaître un peu plus
encore. Ce qu'on appelle leur manie, qui excite sou-
vent la commisération, la risée ou la rancune de leur
entourage, est en réalité la marque d'une destinée
heureuse entre toutes. Outre la Joie toujours renou-
velée de courir les prés et les bois dans toutes leurs
métamorphoses, 1ls ont celle, plus rare, de savoir
qu'ils ont compris quelque chose à la nature dont ils
font partie et que, contrairement à un quelconque
Parisien, ls n'auront pas traversé la vie comme des
aveugles, des sourds et des muets. I!s auront vu la
beauté et le principe des choses, ils auront entendu
chanter les oiseaux dans les arbres, ils auront su
dire, ne füt-ce qu' en eux-mêmes, ce qu'iis en pen-
saient. Mais notre temps cst si pervers que ia plu1-
part de nos contemporains Considèrent comme une
folie de s'occuper de choses qui ne se mangent pas,
qui ne se vendent pas et, en un mot, « qui ne rap-
portent rien ». Comme sI le plaisir de l'esprit ne se
Situait pas bien au delà de toutes les monnaies!

Quelques portraits

Le labyrinthe des Russules

En chasse

Un tour à la cuisine

Les champignons vénéneux

Ceux qui tuent

Ceux qui rendent fou

Ceux qui font suer

Les grands indigestes

Les toxiques mineurs

Où trouve-t-on des champignons ?

Initiation à la Mycologie

Les Mycéliums annulaires

Petite histoire de la Mycologie

Philosophons un peu

Les livres de Nature

  1. La Vie des bêtes pourchassées, par Ernest Thompson-Seton.
  2. La forêt, par St. Ed. White.
  3. Pourquoi les oiseaux chantent ? par J. Delamain, préface de J. et J. Tharaud.
  4. Bambi le chevreuil, par Félix Salten.
  5. Un flâneur en Patagonie, par W.-H. Hudson.
  6. Voisins mystérieux, par G.-C.-D. Roberts.
  7. Un promeneur à pied, par André Martignon.
  8. Clairière, par M. Constantin-Weyer.
  9. La Vie des rivières, par Louis Roule.
  10. Histoire d'une famille de lions, par A.-A. Piénaar.
  11. Le Naturaliste à la Plata par W.-H? Hudson.
  12. Tarka la loutre, par Henry Williamson.
  13. La Vie des papillons, par Frédéric Schnack.
  14. Montagne, par Andrée Martignon.
  15. La Saga de l'élan, par Andréas Haukland.
  16. Fontainebleau, par Henry Dalmon.
  17. Trader Horn, par Aloysius Horn.
  18. Bong'kwé, par W.-D. Hubbard.
  19. Goupil le Rouge, par C.-G.-D. Roberts.
  20. Les Jours et les Nuits des oiseaux, par J. Delamain.
  21. La Mystique de la ferme, par J. Bemer-Sauvan.
  22. La Vie des crapauds, par Jean Rostand.
  23. Le San Luca, par Cilette Ofaire.
  24. En pêchant la truite, par Tony Burnand.
  25. L'année du jardinier, par Karel Capek.
  26. Dans la jungle de Guyane, par William Beebe.
  27. Les Paons et autres merveilles, par Jean de Bosschère.
  28. L'Ours brun, par W.-N. Kazeeff.
  29. Un canoë passe, par G. Gaubert.
  30. Les Compagnons de l'Alpe, par Luis Trenker.
  31. Chasses et plein air en France, par Gaston Chérau.
  32. Anthologie des bêtes, par Albert Constant.
  33. La Vie des libellules, par Jean Rostand.
  34. Simple histoire de mon verger, par Paul Bruzon.
  35. Ouessant, par Yvonne Pagniez.

  36. Le Flâneur sous la tente, par M. Constantin-Weyer.
  37. Le Singe et l'Enfant, par W.-N. et L.-A. Kellog.
  38. Gros gibier, par Paul Suzor.
  39. En campant sur l'Alpe, par Maria Jalek.
  40. L'Empire des serpents, par Carnochan et Adamson.
  41. Des Causses à l'Aubrac, par C. Charles-Géniaux.
  42. La Vie agitée des eaux dormantes, par G. Barbarin.
  43. Les Araignées, par Lucien Berland.
  44. Belle France, par Charles Sylvestre.
  45. Les Bêtes chez elles, par Andrée Martignon.
  46. Plaisir des météores, par Marie Gevers.
  47. Curiosités aquatiques, par Jules Sageret.
  48. Pêches de partout et d'ailleurs, par Tony Burnand.
  49. Les Guêpes, par Lucien Berland.
  50. Amour de la chasse, par Jean-Émile Benech.

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